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De la forme changeante de la folie

Le 24 avril au matin alors que toute l’attention médiatique était consacrée au premier tour des élections présidentielles, la folie du temps frappait le patrimoine de Rennes-le-château. Laissons l’article du Midi-libre relater l’incident :

Dimanche matin vers 9 h, une jeune femme d’une vingtaine d’années, seule, habillée d’un manteau noir, se présente à l’office de tourisme de Rennes-le-Château pour demander les horaires d’ouverture de l’église. Elle avait, disait-elle, l’intention de la visiter. L’employée du site lui indique les horaires. La visiteuse décide alors de boire un café puis de déambuler dans les ruelles. Vers 11 h 15, elle demande à un restaurateur de se laver les mains. Quelques minutes plus tard, elle réapparaît habillée d’une longue cape blanche, d’un voile sur la tête et d’un masque style vénitien sur le visage.

Devant des touristes surpris, la jeune femme se réfugie dans la grotte dite de la vierge, à proximité de l’église, et téléphone longuement en arabe, puis tranquillement rentre dans l’église, sort une hache, et se met à frapper sur le célèbre bénitier supporté par la représentation d’Asmodée. Elle décapite le fameux diable rouge, lui coupe le bras et pose un coran à ses côtés. Elle a ensuite lacéré le bas-relief de l’autel de Marie-Madeleine devant des visiteurs ébahis.

http://www.midilibre.fr/2017/04/24/rennes-le-chateau-elle-decapite-la-tete-de-la-statue-du-diable-asmodee,1497047.php

Les raisons invoquées par cette djihadiste aux petits pieds : mécréance et idolâtrie !  Ce qui dénote d’abord d’un manque de réflexion théologique sur la représentation de ce Diable qui n’était pas menaçant mais plutôt grimaçant sous le poids du bénitier. Le Diable est soumis par l’eau bénite et donc par le pouvoir de Dieu, je ne vois pas ce que trouverait à redire un théologien musulman.

Mais surtout cet incident m’a fait penser à ce court passage du livre de Regnard Sorcellerie, Magnétisme, morphinisme… en 1887 :

En résumé, comme toutes les formes de l’aliénation, la sorcellerie, ou, pour parler plus scientifiquement, la démonopathie, commence par une série d’hallucinations. On s’étonnera peut être que ces hallucinations fussent les mêmes chez toutes les sorcières. Cela n’a pourtant rien de surprenant; c’est toujours l’actualité qui décide des formes de la folie: autrefois on voyait des diables et des esprits; les fous qu’on enferme aujourd’hui sont souvent persécutés par la physique et rêvent de bobines et d’électro-aimants. Je me souviens d’avoir vu à la Salpétrière, où j’étais interne, une institutrice tellement persécutée par l’électricité statique, que, sachant la porcelaine non conductrice du courant, elle se promenait toute la journée et dormait même coiffée d’une cuvette de toilette. Le processus de la folie est toujours le même; les idées régnantes en changent simplement l’aspect extérieur.

C’est un passage que je citais à chaque fois que j’entendais parler de radiosensibilité…Mais je crains qu’aujourd’hui la folie n’ait pris une teinte verte.

 

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