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Comment lever le voile sur une reliure en peau humaine ?

Recevoir un livre ancien est toujours un moment particulier que l’on soit bibliophile ou libraire, une émotion située entre le déballage des cadeaux de noël et la première entrée de Guillaume de Baskerville dans la bibliothèque de l’abbaye. Après la joie vient l’étude, l’œil scrutateur du spécialiste étudie son nouveau livre sous toutes les coutures.

Il y a quelques mois j’acquérais un petit grimoire du XIXème siècle, Le Triple Vocabulaire infernal édité par Blocquel à Lille. Un livre que je suis toujours ravi de trouver, il est plein de petits dessins et gravures démoniaques charmantes.  Mais à réception c’est la reliure qui me questionnait. Le grain du cuir était totalement inhabituel pour une reliure de cette époque (fin XIXème / début XXème) de couleur fauve,  un grain qui ressemblait étrangement à la main qui tenait le livre….Et si, Et si ?!

 peau du livre

 peau du libraire

 

 Car les reliures réalisées avec de la peau humaine n’existent pas que dans les fantasmes littéraires de H.P. Lovecraft. Je vous confie à la lecture de cet article qui est un des plus complets en ligne sur la question.

La question était donc, avais-je un livre reliure avec du cuir humain entre les mains ? Comment l’identifier ? Dans les milieux bibliophiles on dit avec force de loi que le cuir humain est différenciable du cuir porcin en observant la distribution des pores de la peau (par groupe de 3 chez le porc). Non seulement cette affirmation n’est pas sourçable mais en bon zététicien elle me laisse dubitatif : est-ce toujours le cas  suivant le traitement de la peau ? L’endroit du corps qui est prélevé ? Le degré d’étirement de la peau ?

Il fallait que j’en appelle à la Science :

Le cuir est obtenu par tannage de peau animale,  au niveau moléculaire il s’agit de stabiliser chimiquement les fibres de collagène pour éviter sa dégradation.  Le collagène est une protéine sécrétée par les cellules dermiques qui s’organise en réseau tridimensionnel  ce qui assure la cohésion et la résistance mécanique de la peau. Le collagène représente 90% du poids sec  de la peau.  Les protéines sont des polymères d’acides aminés, comme un collier avec des perles de couleurs. Chaque espèce animale possède un collagène particulier, une séquence de couleurs particulière permettant ainsi de discriminer les cuirs de bovin, ovin, porc, humain… L’ADN est quant à lui fortement dégradé lors du tannage rendant difficile son étude dans les cuirs anciens. L’analyse des fibres de collagène s’impose donc pour identifier moléculairement un cuir.

La lecture de cette séquence d’acide aminé se fait au moyen d’un spectromètre de masse. Le mode de fonctionnement est le suivant : d’abord on coupe le collagène en petit morceaux avec une enzyme, on fait ensuite voler dans un champ électrique ces petits morceaux de protéines pour les faire s’écraser sur un détecteur. C’est un peu le fonctionnement d’un tube cathodique. Suivant leur longueur, les fragments (ou peptides) volent plus ou moins vite dans le spectromètre et vont arriver avec plus ou moins de retard sur le détecteur. Le signal  qui est recueilli permet de classer les peptides par leur masse et la distribution de ces masses est caractéristique de chaque protéine, on appelle cette technique PMF pour Peptide Mass Fingerprint. En comparant «l’empreinte » de l’échantillon test avec les bases de données préexistantes on va pouvoir identifier de quelle espèce vient le cuir étudié.

C’est ce dont s’occupe l’équipe américaine de l’Anthropodermic Book Project, composée de chimistes et de bibliothécaires, elle s’est fixé comme but d’analyser et de référencer toutes les reliures en peau humaine présentes dans les bibliothèques publiques. Ils ont ainsi identifiés ou confirmés que 18 livres étaient bel et bien reliés en peau humaine. Tel ce livre d’André Houssaye détenu par la bibliothèque d’Harvard.

 C’est donc à cette équipe que j’ai envoyé des échantillons de cuir de la reliure qui nous occupe. Le prélèvement est si minime qu’il n’endommage pas la reliure. Et quelques semaines plus tard, la science a tranché, voici le diagramme de spectrométrie de masse que m’a transmis le laboratoire de Daniel Kirby :

Aucune place n’est donc plus laissée au doute…la science a tranché…le cuir de cette reliure est d’origine porcine !

Evidemment la déception est là, une reliure en peau humaine sur un petit grimoire de démonologie voilà qui aurait été d’une grande curiosité ! C’est le chemin risqué de la connaissance.

Mais je n’étais pas le seul à envoyer des échantillons….

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Pour en savoir plus sur le Dragon rouge

Je vous renvoie à l’excellent travail de synthèse réalisé dans le cadre d’un mémoire de Master “Culture de l’écrit et de l’image” à l’Enssib par Mélanie Papot-Libéral en 2017 (vous pouvez télécharger le pdf en cliquant sur l’image)

« Le Dragon rouge est un grimoire du XIXe siècle qui a pour sujet l’invocation du Diable et la manière de faire un pacte avec lui en le contraignant, et non en se vouant à lui. Le sacré est omniprésent, ce grimoire pouvant être relié à la kabbale. Il s’agira dans ce mémoire d’étudier son contenu plus en détail, notamment les différentes étapes et conjurations pour invoquer le Diable. Cette étude offre une histoire du grimoire, à travers ses nombreuses éditions au cours de l’époque contemporaine, du XIXe siècle jusqu’à nos jours, ainsi que sa réception auprès du public. Il est en effet mentionné dans de nombreux écrits et prend place dans de grandes collections privées et publiques. »

 

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Un peu de magie pour la St Valentin

La St Valentin approche à grand pas, si vous ne voulez pas vous retrouver sans cadeaux à offrir, jetez un coup d’oeil à notre sélection 🙂

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Carte de France des cas de Sorcellerie, possessions et phénomènes extraordinaires

Je viens de lister quelques plaquettes relatant des faits régionaux de sorcellerie et/ou possession démoniaque, c’est l’occasion de faire un tour de France de ces cas avec une carte google.

Je la remplierai au fur et à mesure des acquisitions de la librairie, chaque drapeau représentant un livre que nous avons (ou avons eu ) en rayon.

Bon voyage !

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Quand le père de la police scientifique participait à une revue sur l’occulte

Je vous proposais à la vente il y a quelques jours la première année de publication de la revue le Digest de l’occultisme. Intéressante revue lyonnaise consacrée à la vulgarisation des sciences occultes.

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir parmi les contributeurs de la revue le nom du Dr Edmond Locard. Ce nom est bien connu de ceux qui s’intéressent à la criminologie puisqu’il s’agit du fondateur de la police scientifique moderne :

Il fonda le premier laboratoire de police scientifique au monde, dans le Palais de Justice du Vieux-Lyon. Ses méthodes fondèrent la police scientifique. L’alpha et l’oméga de Locard ? Le transfert de Locard : lors d’un crime, le coupable peut laisse des traces sur les lieux, et inversement, les lieux peuvent laisser des traces sur le criminel. 

Par contre aucune biographie ne mentionne son goût pour l’occulte. Sans doute pour ne pas écorner l’image du scientifique qui a tant contribué au travail judiciaire. Il publie pourtant pas moins de 15 articles dans les 12 premiers numéros de cette revue, y abordant pêle-mêle : graphologie, chiromancie, spiritisme, suggestion hypnotique…

Il signe même le premier article du premier numéro avec cette phrase en exergue :

“L’étude de l’au-delà est une passion contemporaine qu’il ne suffit pas de nier ou de traiter par l’ironie”

 

 

Rien que pour vous, j’ai scanné un de ces articles qui, il me semble, reflète bien le goût de l’auteur. Il s’agit de ce demander si la chiromancie a une utilité pour la criminologie  : “Comment détecter le penchant au crime par l’inspection des mains” Digest de l’occultisme, n°2, juillet 1950. Cliquez sur l’image pour avoir l’article in extenso en pdf.

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Une révolution plus tard…

Voilà, cela fait un an que le nouveau site de la librairie a été dévoilé au public. Plus qu’un site, cela a été une véritable révolution qui a radicalement changé notre (“ma”, oublions le temps d’un article le nounoiement de convenance) façon de communiquer et de travailler. C’était, il faut bien le dire puisqu’on est entre nous, un dernier élan pour essayer de sauter le gouffre financier qui s’ouvrait devant la librairie avec le déclin constant des ventes sur ebay. Mais ce fut en fait un “reboot” de ma librairie qui m’a mis sur de nouveaux rails.

Je m’autosouhaite donc un joyeux anniversaire à LesPortesSombres.fr et je vais faire avec vous le bilan de cette année riche.

Les Tops

  • Référencement google +++
  • 80% des ventes conclues sur le nouveau site +++
  • Ebay et Abebooks deviennent accessoires +++
  • Chiffre d’affaire en hausse (on est pas sorti des ronces encore, mais ça vient) +
  • Mutation du catalogue quasiment terminée (rétrécissement à 100 références tournantes, le varia et la bouquinerie sont presque éliminés) +
  • Nouvelle clientèle jeune et féminine (presque à parité maintenant c’est incroyable dans ce milieu !) que j’espère accompagner un bout de temps sur les sentiers de la bibliophilie +++
  • La série de portraits de l’été qui a beaucoup plu à tout le monde (libraires et bibliophiles) ++
  • De très bons retours sur ma qualité de service (conseils, expéditions,…) ++++
  • Des tentatives réussies dans le rayon “Autour du livre” (négatifs, plaquettes de bois gravées,…) ++

Les Flops

  • Le libraire gagnerait bien plus s’il travaillait à Auchan – – –
  • La série des fonctionnalités du site qui n’ont pas servi : le live-chat, les enchères,  le programme d’affiliation, les divers système d’alerte –
  • La Newsletter qui a un très mauvais rendement : peu ouverte, pas de ventes en suivant malgré le bon succès d’estime de la nouvelle formule catalogue/magazine – – –
  • 1 client insatisfait de ma description/ 1 retour sur ebay (le premier retour marchandise depuis 2012, mais je soupçonne fortement l’acheteur d’avoir tombé le livre) / 1 évaluation négative sur ebay (la première aussi avec comme commentaire “livre trop cher”, j’adore…)  – – – – de quoi nous inciter à rester vigilant !

Des beaux livres comme s’il en pleuvait

Des grimoires Blocquel, des provenances prestigieuses (Guaïta, Gruaz, Garçon…), des livres rarissimes (MONTRESSE,Nouvelle Histoire et extraordinaire d’une fille…), des manuels d’exorcismes, des belles reliures, des tirages limités sur grand papier. Ce fut une année riche en beaux livres, j’en ai personnellement pris plein les mirettes, j’espère que vous aussi et c’est pas fini !

Si je devais en retenir qu’un cette année ça serait ce manuel d’exorcisme de 1758 dans une reliure estampée à fermoirs :

Manuale Selectissimarum Benedictionum, Conjurationum, Exorcismorum, Absolutionum, Rituum ad commodiorem usum parochorum, Ex Ducali Campidonensi, Stadler, 1750

 Nouveauté pour fêter l’anniversaire

L’ouverture d’un groupe facebook dédié à la librairie ou vous pourrez venir discuter des articles du blog, venir demander des conseils, du contenu exclusif, c’est par ici pour y adhérer : https://www.facebook.com/groups/GroupeLPS/

Et pour fêter ce premier anniversaire j’ai modifié mes paramètres pour vous offrir le port gratuit pour la France à partir de 100€ d’achat et pour le Monde à partir de 300€. Vous pouvez tester dans votre panier 😉

 

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Annonce de la vente Maurice Garçon

Il y a quelques ventes aux enchères qui auront marquées la seconde moitié du XXème siècle dans le domaine de l’occulte. On peut citer la dispersion des bibliothèques Bechtel, Frédéric et Anne Max et celle de Maitre Maurice Garçon le 9 mai 1967 à Drouot.

C’est dans les gardes d’un livre ayant appartenu à Maurice Garçon que j’ai découvert cet article du Monde du 22 avril 1967 annonçant la future vente. L’occasion de plonger dans le contenu de cette bibliothèque si vous n’en possédez pas le catalogue (cliquez pour avoir l’image en grand format)

 

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Le petit cadenas qui change les choses

Nous avons mis en place le chiffrement SSL sur l’ensemble du site LesPortesSombres.fr, ce qui veut dire que l’ensemble du site est sécurisé, les informations qui transitent entre le site et votre ordinateur/smartphone sont maintenant cryptées. Vous devriez voir dans la barre d’adresse de votre navigateur le petit logo du cadenas fermé :

Cela a deux conséquences :

1- Le renforcement de la sécurité de vos données, dans le cas improbable d’un hacker russo-croate qui souhaiterait savoir quel livre vous avez commandé…

2- La mise en place du paiement par carte bleue qui manquait à notre site. Nous utilisons la plateforme Stripe qui vous permet d’utiliser votre carte Mastercard, Visa, ou American Express. Désormais vous verrez donc un choix de plus sur la page de commande :

Pour les personnes inquiètes, sachez que les informations de votre carte ne transitent pas par notre site mais sont traitées directement par Stripe.com.

3- Pour les possesseurs d’Iphone ou d’Ipad dernières générations, le site accepte également l’Apple pay

Plus d’excuses pour ne pas valider votre commande 😉

 

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Dans la bibliothèque de…Kévin

Nous terminons notre plongée estivale dans les bibliothèques de l’occulte avec Kévin, le fondateur d’Esoshare. Comme d’habitude vous pouvez venir en discuter sur la page facebook de la librairie. Je tiens encore une fois à remercier Steeve, Baptiste, Madeleine, Julien et Kévin de s’être prêté à cet exercice. Si vous êtes peu à avoir réagi je sais que vous êtes nombreux à avoir lu et je pense que vous aurez apprécié le voyage autant que moi.

 

– Kévin, depuis quand vous intéressez vous aux livres anciens et occultes ?

Lorsque j’avais 13 ans, je ne supportais pas les livres, cela m’ennuyait et ça se résumait aux livres que l’on nous oblige à lire au collège… Fils d’un Directeur de centre de vacances, j’ai depuis tout petit, fait des colonies de vacances, puis à 13 ans, lors d’une colo, un animateur avec qui je discutais de lecture, de science-fiction, de dystopie, m’a offert son livre “Le Meilleur des Mondes” d’Aldous Huxley. Ce fut pour moi une révélation, lisant l’ouvrage deux fois dans la nuit avec une lampe torche pour pas réveiller les amis qui dormaient… Depuis ce jour je suis un amoureux des livres.

Pourquoi et depuis quand les livres anciens et occultes ? En fait, j’aime le passé d’un ouvrage, me dire qu’il a traversé les âges, que beaucoup l’ont lu avant moi. Mes Parents m’ont élevé dans la liberté de culte et de choix. J’ai toujours eu la possibilité de m’intéresser à tout, ce sont mes parents qui m’ont payé mes premiers livres “occultes” avant que je travaille et que je puisse m’acheter les miens. Je les en remercie !

Aujourd’hui j’ai 27 ans et depuis mes 13 ans je collationne, réunis, découvre des ouvrages. Je suis également un bibliophile de Papus (Gérard Encausse), je possède bon nombre de manuscrits et d’ouvrages. Je m’attelle depuis un an à l’écriture d’une bibliographie comprenant ses ouvrages de son vivant jusqu’à aujourd’hui, les rééditions, les manuscrits, les articles écrits dans les différentes revues, les articles de presse signés de son nom, les articles de presse où il est cité, les conférences qu’il donna, etc.

Manuscrit Dactylographié de Papus

– Vous êtes le créateur d’Esoshare, pouvez-vous nous en parler ?

Oui avec plaisir, inscrit sur Facebook depuis 2011, j’ai commencé à rejoindre des groupes qui discutaient ésotérisme et je voyais beaucoup de gens parler de créer un groupe ou un site pour regrouper les ouvrages ésotériques (Libres de droits et non libres de droits). un mois, deux mois, six mois, un an plus tard toujours rien de fait…

J’étais membre d’un groupe nommé Esotériland, je partageais dedans des ouvrages (Libres de droits), j’en partageais tellement qu’un ami m’a dit : “Ce n’est plus Esotériland ici c’est devenu Esoshare”.

BIMMMM le déclic !

Du coup je me suis lancé, j’ai créé un groupe sur Facebook appelé Esoshare le 6 Janvier 2013, au début nous étions une dizaine de membres à nous partager des ouvrages, aujourd’hui nous avons 5324 membres pour 6675 fichiers disponibles sur le groupe.  Nous avons vraiment le désir de partager des livres anciens et LIBRES DE DROITS j’insiste là-dessus car nous respectons vraiment les droits d’auteurs. Esoshare aujourd’hui, ce sont 3 administrateurs, Marie Isabelle, qui depuis le début s’occupe, entre autres, de la mise à jour, Florie ma compagne et moi-même qui postons des ouvrages régulièrement.

Esoshare c’est :

Un groupe facebook où nous partageons les ouvrages que nous trouvons,

Une page de présentation d’un auteur ou d’une revue,

Une page d’Archives avec des documents exceptionnels (manuscrits)

Et enfin une page Instagram où je partage régulièrement des gravures d’ouvrages que nous possédons.

Aujourd’hui un petit frère d’Esoshare a été créé par Florie, il s’agit d’un blog intitulé l’Esothentique, où nous partageons des articles du passé et où nous écrivons les nôtres :

https://lesothentique.wordpress.com/

Ce groupe m’a permis (malgré moi) de me faire connaître et de rencontrer des personnes exceptionnelles ! Ma compagne pour le premier exemple avec qui je partage ma vie depuis 4 ans et avec qui nous avons un magnifique fils.

Esoshare m’a également permis de rencontrer des auteurs, conférenciers, éditeurs, dont je possédais les ouvrages et qui sont aujourd’hui des amis. J’ai pu également échanger avec Jean Prieur qui fut pour moi un homme de partage et qui a soutenu Esoshare du début à la fin, je l’en remercie ! (“Je vous donne ma bénédiction pour cette excellente initiative. Je suis absolument pour. C’est très bien ce que vous faîtes avec votre équipe et le monde en a bien besoin. Bon courage”)

J’ai également la chance d’être en contact avec les familles de certains auteurs tels que Jollivet Castelot, Sophronius (Dr Fugairon), Eliphas Lévi, Marc Haven, etc.

– Au milieu de tous ces ebooks que partage Esoshare, y a-t-il une place pour la bibliophilie ? L’objet livre reste-t-il important malgré tout ? (et donc aussi le libraire qui les vend 😉 )

Les Ebooks sont pour moi un complément de la bibliophilie, beaucoup d’ouvrages que je possède en “physique” je les ai eus d’abord en virtuel. Je trouve que cela amène plusieurs bonnes choses. Les Ebooks me permettent de découvrir l’ouvrage avant de l’acheter et d’être déçu ou pas, mais ils m’ont aussi permis de lire des ouvrages que je n’aurais jamais eue les moyens de me payer.

Esoshare a été créé afin de pouvoir offrir à tous la possibilité de lire des vieux ouvrages qui ne sont malheureusement pas à la portée de tous les budgets. Nous avons aussi un autre rêve c’est de sauver, en scannant les vieux ouvrages, le patrimoine livresque ésotérique. Tellement d’ouvrages finissent poussiéreux dans des collections privées qui ne seront jamais partagés pour personne.

Je ne peux décrire le bonheur et le plaisir de lire un livre ancien, le toucher, l’odeur de l’ancien (ça fait bizarre un peu là ? non ? pas grave), parfois même je tombe sur des ouvrages non rognés et découpés. Le livre physique aura toujours ma faveur mais je pense que numérique et réel sont complémentaires afin de protéger le savoir.

J’ai beaucoup de libraire dans mes contacts et j’achète régulièrement chez eux, vous pouvez vous rassurer 😉

– Pouvez-vous nous en dire plus sur le contenu de votre bibliothèque ?

Cela va des revues anciennes telles que La Vie Mystérieuse, L’initiation (il me manque une vingtaine de numéros pour avoir la collection complète), Le Voile d’Isis, La Gnose, Psychic Magazine, Le Chariot, Hiram, La Rose + Croix, Psyché, Bulletin Théosophique, Le Lotus Rouge (Revue où Stanislas de Guaita et Papus se rencontrèrent et où ils signèrent leurs premiers articles), le Lotus Bleu etc. aux ouvrages anciens de Papus, Durville, Jollivet Castelot, Sedir, Albert Poisson, Barlet, Collin de Plancy, Berthelot, Stanislas de Guaita, Oswald Wirth, Marc Haven, et bien d’autres.

Carnet de note de Jollivet-Castelot

– Est-ce que votre passion pour l’occulte déborde le domaine des livres ? (objets, voyages, films…?)

J’aime me balader en France et ailleurs pour découvrir les lieux historiques dans l’ésotérisme. J’aime tout ce qui touche au sujet oui, mais je ne me focalise pas que là-dessus.

– Nos domaines de collection alimentent souvent les fantasmes, quelle est la réaction des gens à qui vous présentez votre bibliothèque ou votre passion ? Des anecdotes ?

Pour ma part cela ne me pose aucun problème je pense qu’à partir du moment où cela est assumé et que l’on est heureux dans ce que l’on fait et ce que l’on partage, les gens ne sont pas “choqué”.

Il y a surtout beaucoup de fantasmes autour de ce qui est “caché” tel que la Franc-maçonnerie ou autre “sociétés secrètes”. Pour ma part je ne suis membre de rien, je ne suis que moi-même, je m’intéresse bien évidemment à ces sujets là mais pour l’instant je n’éprouve pas le besoin d’y entrer.

Ma famille a toujours accepté et ne m’a jamais rien dit sur ces sujets, et aujourd’hui 95% de mes amis sont dans le domaine, seul mon meilleur ami est bien loin de tout ça !

– Quel rapport entretenez-vous avec la pensée magique ?

La pensée magique…. hummm c’est un bien grand mot, disons que malgré mon intérêt pour l’occulte, je reste quelqu’un de très terre à terre… je pense qu’il y a des choses que l’on explique pas autour de nous mais que tout s’expliquera un jour ou l’autre.

Je rejoins beaucoup cette citation du Pr DONATO :

“Tous les jours je reçois à la Vie Mystérieuse des centaines de lettres de lecteurs qui me disent :

Je ne sais plus que devenir. Rien ne me réussit, je suis poursuivi par le malheur avec une opiniâtreté tenace. Que faut-il faire ? Suis-je envoûté ? Est-il des procédés magiques qui me permettront de sortir de l’ornière où je me débats ? 

A ces lecteurs je réponds :

Oui, vous êtes envoûté ; vous êtes envoûté par la paresse d’esprit, par le découragement, par la lassitude de la vie, par le manque d’initiative et de confiance en vous. Et les procédés magiques qui doivent vous guérir, sont la VOLONTÉ, L’ESPÉRANCE et la FOI en vous. RELEVEZ VOUS, marchez en avant, sautez les obstacles, sans vous occuper de ce que vous pouvez casser, liens fragiles d’amitié, convenances sociales parfois stupides, qu’en dira-t-on de petites villes ; allez où vous conduisent vos préférences, vos goûts parfois, opposés à la profession que vous exercez, et vous serez étonnés de voir la vie se transformer pour vous, et la veine se produire par vos efforts, car il est éternellement vrai le proverbe qui dit que Dieu aide ceux qui s’aident.”

– Est-ce que votre bibliothèque a changé votre regard sur le monde ?

Clairement oui ! il y a des livres qui m’ont aidé, qui m’ont “soutenu” dans des moments difficiles. Mais ce qui m’a beaucoup aidé et apporté également c’est mon pèlerinage vers St Jacques de Compostelle au départ de Paris, deux mois et demi de marche, avec quand même un ou deux ouvrages dans le sac dont mon livre préféré dont je vais parler à la question suivante.

– S’il ne devait n’en rester qu’un ?

Le Destin Ou Les Fils D’Hermès de François Jollivet Castelot

​Je n’ai jamais fait de présentation d’ouvrage ou de ressentis sur ce que j’en retiens, je vais essayer quand même !

Grand lecteur de Jollivet Castelot de par mon intérêt pour l’alchimie, j’ai obtenu cet ouvrage en cadeau d’un ami tout aussi passionné que moi ! Merci Edmond.

Ouvrage épais, plus de six cent pages, il ne faut pas avoir peur. De plus, mon exemplaire est l’édition originale de 1920 ! Donc un peu vieille et abîmée, mais sublime lecture !  Cet ouvrage est un roman ésotérique que je qualifierais d’initiatique, FJC (François Jollivet Castelot) nous raconte son évolution spirituelle avec les années; Du moins c’est ce que je pense. Le livre étant un “roman” et le héros s’appelant Gaston de Lambert ce n’est pas la vie de FJC, mais en lisant entre les lignes et avec un peu de connaissance de l’homme je pense à une autobiographie sous forme de roman.

On y lit donc la vie de Gaston de Lambert, avec ses coups de gueule, sa jeunesse, ses joies, ses souffrances, et comment il fut élevé dans une famille catholique et comment il perdit la foi pour s’en créer une nouvelle, sa foi, sa croyance, on y lit justement son amour pour la vie, la nature, la science, les découvertes…

On le voit découvrir la nature, l’aimer, l’apprendre, et son amour pour elle ainsi que pour la science va l’éloigner de la foi catholique ! Le chemin de Gaston croise celui de Papus, Stanisla de Guaita et d’autre ! Le livre, d’ailleurs, est dédié par FJC à Guaita, Papus et St Yves d’Alveydre avec ces mots:

“A la mémoire des trois mages : Stanisla de Guaita, Saint Yves d’Alveydre, Papus”

Leur Frères d’Armes

F.J.C.

Gaston nous parle aussi des années de la première guerre mondiale ! Bref un livre qui m’a pas mal remué, m’a appris, m’a mis les larmes aux yeux, et que je conseille à tous de lire comme un guide d’initiation à la découverte, à l’amour, bref à la vie. Je cite une petite présentation trouvée sur le net :

“Quand l’humanité ne comptera que des philosophes et des justes de la trempe de Gaston de Lambert, elle aura gravi un échelon qui l’éloignera de l’animalité”

– Et si votre bibliothèque avait un nom ?

Esoshare 😉

– Un dernier mot pour la fin ?

J’aimerais finir l’interview par un bout de manuscrit de Papus que je possède :

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Dans la bibliothèque de…Julien

Nous reprenons la série estivale d’entretiens avec les bibliophiles de l’occulte. Cette semaine c’est Julien qui nous présente Ouroboros, sa bibliothèque ésotérique.

Comme d’habitude vous pouvez venir en discuter sur la page facebook de la librairie

Julien, depuis quand vous intéressez vous aux livres anciens et occultes ?

Je m’intéresse aux livres depuis enfant, l’ancien m’a toujours fasciné. Mon intérêt pour l’occulte a toujours été latent, via le questionnement sur la possibilité ou non d’une forme de vie après la mort. Cette question m’a toujours semblée plus essentielle que toutes les autres. Selon qu’il y ait quelque chose ou non, je suis convaincu que chacun de nous aurait un impact décisif dans la façon de mener son existence.

Mon intérêt pour l’occulte s’inscrit dans le cadre de cette grande interrogation. J’ai commencé par les livres actuels à cheval avec la science (Jean Staune, Mathieu Ricard, mais aussi un peu tous les courants actuels), je me suis intéressé à différentes traditions notamment au bouddhisme. Puis je suis progressivement remonté dans le temps. L’histoire du questionnement spirituel a un fil rouge, une pelote de laine que j’aime défaire. Aujourd’hui je suis bien fourni en livre du 20e, et je commence à avoir pas mal de choses en 19e, quelques unes en 18e et je commence le 17e

Je crois que vous vous intéressez plus particulièrement au spiritisme. Pouvez-vous nous en dire plus sur le contenu de votre bibliothèque ?

Le spiritisme a en effet une bonne place. Pour trois raisons. D’abord c’est concret et les séances de spiritisme que l’on trouve dans les livres anciens, si elles sont vraies, devraient receler d’informations capitales sur l’au-delà, que l’on doit pouvoir vérifier plus aisément en les relisant un siècle et demi plus tard. Ensuite en termes de questionnement sur la mort on peut difficilement faire mieux. Enfin c’est aussi la pratique du spiritisme dans ma jeunesse qui m’a convaincue que la quête d’une recherche d’une vie après la mort n’était pas vaine.

Sujet moins lourd, j’aime beaucoup les livres sur l’Atlantide. J’ai une belle édition de Bailly.

J’ai aussi dans ma bibliothèque de nombreux livres d’épistémologie sur l’ésotérisme. L’histoire de la magie par exemple.

Il y a bien d’autres choses dans ma bibliothèque, je suis dans une phase ou j’essaie de constituer les classiques des principaux courants. J’ai ainsi fait l’acquisition d’une version du catalogue de Caillet, afin de dénicher ce qui me semble le plus pertinent.

J’évite ce que je ne peux pas lire, par exemple en latin. J’en ai acheté un au début, c’est très joli, ça fait me rêver mais au final je ne peux rien en faire.

Est-ce que votre passion pour l’occulte déborde le domaine des livres ? (objets, voyages, cabinet alchimique secret à la cave ? )

Ma passion déborde surtout dans mes lectures, mais parfois aussi dans mes voyages. Je prends au maximum le temps de visiter les lieux spirituels en France ou à l’étranger.

Je trouve des ponts parfois aussi dans la peinture, un autre domaine que j’affectionne. Comme dans cette œuvre de Jean-Baptiste Bordet (voir la photo), qui représente une vanité. Traditionnellement les vanités sont une allégorie de la mort, du passage du temps, et du caractère vain des activités humaines. Dans la version de Jean-Baptiste Bordet, je trouve qu’on voit bien l’aspect mystérieux et monumental de la mort. A la fois effrayante et d’un esthétisme rassurant. C’est l’inconnu personnifié. On peut aussi voir l’œuvre d’une autre façon: le visage semble rire, rire des actions et interrogations humaines qui ne mènent à rien. Cette œuvre (peinte sur plexiglas, une technique particulièrement exigeante) résume bien je trouve le questionnement sur la mort.

Voici le site de l’artiste pour d’éventuels curieux. http://www.jeanbaptistebordet.com/

Nos domaines de collection alimentent souvent les fantasmes, quelle est la réaction des gens à qui vous présentez votre bibliothèque ? Des anecdotes ?

Je ne parle pas tellement de ma passion. Ce sont des sujets difficiles à faire partager. Ça n’intéresse simplement pas grand monde. C’est un plaisir solitaire où le vertige vous prend quand vous contemplez l’œuvre magistrale réalisée par un homme qui a consacré sa vie, quelques siècle plus tôt, à une cause perdue ou … justifiée.

Personne ne remarque les sujets de mes ouvrages. Aussi parce que j’ai des livres sur d’autres sujets. Une fois quelqu’un m’a demandé pourquoi j’avais un livre en latin dans ma bibliothèque. Je l’ai mis moins en évidence !

Quel rapport entretenez-vous avec la pensée magique ou surnaturelle ?

Je traduirais votre question par l’hypothèse que la pensée soit créatrice sur la matière. Il y a de bonnes études sur les phénomènes psychiques. Il semble clairement y avoir quelque chose d’inconnu par la science aujourd’hui.

Par contre, en lisant les auteurs ésotériques sur ces questions, je trouve qu’on peut rapidement se freiner sur ses propres pensées en croyant trop fortement à la pensée magique ou surnaturelle (voir par exemple les écrits de La Mère et Sri Aurobindo, ou les dérives des théosophes, pour ne citer qu’eux).

Est ce que votre bibliothèque a changé votre regard sur le Monde ?

Je crois que j’ai appris des choses. Dans l’histoire des idées et de l’ésotérisme en particulier, je suis fasciné par le fait que certaines idées disparaissent et réapparaissent. Souvent un homme peut faire la différence. Quand il disparait parfois ses idées disparaissent avec lui, parfois elles lui survivent.

Je suis très intéressé aussi par les croyances et leurs évolutions. L’humain étant le même aujourd’hui qu’il y a quelques siècles, je suis convaincu que l’on baigne dans de nombreuses croyances erronées dans beaucoup de domaines. Je trouve rafraîchissant d’étudier celles du passé, de voir comment elles se répandent pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Mais aussi voir comment la croyance peut aveugler le plus grand nombre. Mais au final je crois qu’on tend vers la vérité. C’est cette grande aventure humaine que je contemple avec ma bibliothèque.

S’il devait n’en rester qu’un ?

Je n‘ai pas de livre préféré à proprement parler aujourd’hui. J’en ai plusieurs que j’aime beaucoup, dont une partie se trouve dans la photo de ma bibliothèque ici. Dans l’idéal, j’aimerai avoir un jour des manuscrits des grands esprits durant leurs travaux. Voir de près le cheminement de leur pensée.

Et enfin si votre bibliothèque avait un nom  ?

Ouroboros. Le cycle des connaissances. Naissance, construction, destruction. Les nouvelles idées chassent les anciennes. Les anciennes renaissent. C’est pourquoi aussi j’aime avoir ma bibliothèque qui comporte des ouvrages sur une période temporelle élargie.